Littérature

[Books] Les élus – Steve Sem-Sandberg

« Les enfants, dit le docteur Jekelius. Je souhaiterais commencer par vous rappeler pourquoi vous êtes là. […] Je ne sais pas si vous vous en rendez compte : vous êtes des élus. « 

Les amis, ce n’est pas avec ma bonne humeur habituelle que je vais vous parler de ma dernière lecture. Non pas qu’elle était médiocre, loin de là, mais bien car elle traite d’un sujet particulièrement dur et sensible… Celui des instituts chargés de « traiter » les jeunes enfants jugés « inéducables » et les personnes handicapés durant la seconde guerre mondiale… Alors venez, entre avec moi dans le Spiegelgrund, mais attention, vous n’en sortirez pas indemne.

Ce livre est ma toute première masse critique Babelio, je les remercie chaleureusement, ainsi que les éditions 10/18, de m’avoir permis de découvrir cet ouvrage.

~Première de couverture ~

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L’édition pocket présente une première de couverture tout en douceur et en innocence. Un rang d’enfant marchant main dans la main, sac sur l’épaule. Si on ne lisait pas le résumé, on pourrait penser que ces garçons vont tout simplement à l’école ou en colonie de vacances. En vérité, il n’en est rien. Telle une image figeant à jamais leurs innocences… cette photo est sans doute ce qui reste aux survivants de leurs insouciances.

S’ils savaient ….

 

 

~Résumé~

En 1941 à Vienne le Spiegelgrund est transformé par les nazis en un centre pour enfants handicapés et jeunes délinquants. Jour après jour, Adrian, Hannes et Julius, pensionnaires de la maison de redressement, tenter d’exorciser l’horreur. Dans un époustouflant ballet de voix tour à tour intérieures et extérieures ils racontent l’enfer qu’ils vivent et la mort qui les guette au pavillon 15, où on extermine les « indésirables »

~Mon avis~

Nombreux sont les livres traitant sur la seconde guerre mondiale, nombreux sont prenants, poignants, émouvants. Avec les élus, on est un cran au-dessus, on touche à une chose qu’on sait réelle, mais qu’on a du mal à évoquer : l’euthanasie de centaines d’enfants et adolescents par le régime nazi, car leur seul défaut étaient d’être différents.

Le livre aborde le thème à la façon d’un immense reportage où rien ne nous est épargné. A commencer par l’enfance d’Adrian, notre personnage principal. Ce jeune garçon issu d’une famille très pauvre de Vienne va se retrouver confié à une famille d’accueil (sa mère n’étant pas en mesure de s’occuper de lui et de ses frères et sœurs après avoir été chassée de l’appartement), puis, après de multiples péripéties, va atterrir au Spiegelgrund.  On va alors suivre son existence, mais aussi celle de ses camarades. Ils s’appellent Felix, Jacob, Julius,… Tous vont vivre au Spigelgrund et certains vont y mourir … Dans le récit d’Adrian, sa voix d’adulte brisé viendra de temps à autre nous serrer le cœur. Car on le sait, ceux qui ont survécu sont brisés à jamais.

Et puis y a l’autre côté du miroir… L’histoire d’Anna Kastchenka (personnage réel), jeune infirmière fragile qui se fascine pour le docteur Jekelius, directeur du Spiegelgrund. Anna va alors entrer dans l’antre du diable et, prenant assez vite conscience de la situation, va la suivre sans sourcilier. Sa fidélité sera récompensée par le rôle d’infirmière en chef. Celle qui applique les ordres, avec une loyauté infaillible.

Du Spiegelgrund on saura tout : comment les enfants sont placés, soit de force par le régime ou par des parents dépassés qui espèrent trouver une solution à leurs problèmes … Et qui finalement ne les récupère jamais et attendent…Attendent…Jusqu’à l’arrivé de la lettre funeste… Même s’ils se doutent du problème, ils sont loin d’imaginer les mauvais traitements affligés aux « cas irrécupérables » : injections de divers médicaments, expérimentations cruelles, mauvais traitements, tortures, punitions sadiques…

Le récit est parfois un peu lent, mais c’est pour accentuer la réalité de la situation. Et si la construction du livre – tel un ensemble de témoignages et de tranches de vie- peut déstabiliser, elle est très intelligente car elle nous permet d’appréhender toute les facettes de cette triste réalité.

Il y a aussi des passages insoutenables. Ma lecture a d’ailleurs été très difficile (presque un mois, c’est énorme). Il y a réellement des extraits qui m’ont retourné le cœur, mal à l’aise. Et pourtant je suis fine connaisseuse de la seconde guerre mondiale. J’ai été d’autant plus concernée par ce livre de par mon métier. Enseignante dans le spécial, je me suis rendue compte que si aujourd’hui le régime nazi existait encore, tous mes élèves auraient leur place au Spiegelgrund.
Et ça, ça fait vraiment froid dans le dos…

Ce livre nous rappelle également à quel point la guerre est une chose horrible, car si Adrian arrive à s’échapper de sa prison, il réalise que le monde qui l’entoure n’est guère plus reluisant. Ne parlons même pas de la libération où la cruauté de l’armée rouge face aux populations locales n’est plus un secret. Quant aux criminels, ils seront jugés bien sur… Mais pas tous, ce qui peut laisser une horrible sensation d’injustice aux lecteurs comme aux victimes.

Je pourrais vous écrire une chronique de 30 pages tant il  y a des choses à dire sur ce livre et sur les nombreux sujets qu’ils abordent (le lien familial, la responsabilité parentale, le régime nazi, le rapport aux ordres, la responsabilité du personnel médical, l’injustice des certains procès nazis, le handicap,…). Mais je ne veux pas vous gâcher la découverte.

~CONCLUSION~

Si le personnage d’Adrian est un élément totalement fictif, les élus est pourtant un roman historique authentique. Car tout ce qui y est écrit, tout ce qui y est raconté est bien réel. Après ma lecture je me suis davantage renseigné sur le Spiegelgrund et j’ai été bluffée par la fidélité des informations.

Il faut être averti avant de l’ouvrir, car ce qu’on va y lire est dur, malsain, cruel …Et vrai. On n’est pas simplement face à une œuvre de fiction, on est face à une réalité abordée par une pointe de fiction.

Un récit poignant, exceptionnellement bien documenté sur une des plus horribles périodes de notre histoire, un livre de mémoire qui serait bon de faire relire de temps à autre à certains d’entre nous.

Note globale ♥ ♥ ♥ ♥ 

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1 réflexion au sujet de “[Books] Les élus – Steve Sem-Sandberg”

  1. Je trouve intérressant que ce livre aborde le thèmes des enfants lors de lq deuxième guerre mondiale car c’est vrai qu’ils sont généralement laissé de côté dans les autres livres sur ce thème.
    Ce livre à l’air très poignant et j’ai très envie de le découvrir.

    Aimé par 1 personne

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